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# Interfaces des Lumières ## (Dé)constructions numériques d’un héritage ![](https://s3.hedgedoc.org/demo/uploads/653b6d02-ddf0-4e6d-912d-19d116b952d6.png) ### Comité d’organisation : Flora Amann (BNF) Joël Castonguay-Bélanger (UBC) Servanne Monjour (Sorbonne Université) Christophe Schuwey (UBS) ### Appel Défini comme un idéal de progrès, de rationalité et de tolérance, l’héritage des Lumières est aujourd’hui la cible privilégiée des adversaires de l’hégémonie culturelle et de l’universalisme abstrait. Les caractéristiques généralement attribuées aux Lumières – esprit critique, rationalisme, tolérance religieuse, liberté d’expression, vision optimiste du progrès scientifique – par plus de deux siècles de patrimonialisation ne suffisent plus à prévenir une méfiance face à leur prétention universelle. Ces débats mémoriels et politiques appellent un examen critique du processus de sélection et de diffusion des auteurs, des corpus et des valeurs jugés représentatifs des Lumières par lequel les principales instances de légitimation du savoir ont construit et transmis cet héritage. En tant qu’agent de transformation des pratiques de conservation, d’étude, de diffusion et de médiation des œuvres, la transition numérique permet d’interroger les présupposés et les procédés de la construction de l’héritage des Lumières ainsi que la nécessité pour les chercheurs et les enseignants de reconfigurer les canons et les récits des Lumières et de prendre en compte ses réceptions et appropriations multiples, au-delà des publics spécialistes. Le but de ce colloque est d’étudier l’apport de la numérisation des corpus et des recherches en humanités numériques à la réflexion sur le statut des Lumières en tant qu’objet patrimonial, à la refonte de leur héritage et à l’implication des différents publics dans celle-ci. La transition numérique a permis aux bibliothèques, aux programmes de recherche et aux sociétés savantes de mettre à portée de clic des documents autrefois réservés aux experts, sous forme de collections numérisées, de bases de données, d’éditions numériques ou encore d’articles Wikipédia. Ces ressources offrent des possibilités de médiation et d’éditorialisation des corpus (parcours de navigation, portails permettant une présélection en fonction des publics ; applications, curation de contenus, etc.). Elles permettent désormais à un large public de circuler dans un corpus des Lumières plus étendu que celui de l’institution scolaire et universitaire et de se l’approprier. Nous proposons de penser l’apport de ces ressources au travail actuel de démythification des Lumières à partir de leurs « interfaces » (l’affichage et les commandes graphiques et textuelles permettant d’interagir avec ce qui est affiché), c’est-à-dire à propos de l’expérience (nouvelle) des textes qu’elles permettent au lecteur (Schuwey : 2019). Quelle est la contribution (passive ou active) de ces interfaces à la (dé)construction de l’héritage des Lumières, à sa réactualisation et à la réinvention des rapports entre les Lumières et leurs lecteurs ? De façon plus prospective, comment peut-on faire usage des nouvelles manières de lire et de comprendre les Lumières permises par le numérique pour rendre les Lumières plus accessibles pour les publics et pour défaire les idées reçues ? Jusqu’à quel point peut-on guider l’interprétation ? ---- Nous sommes particulièrement intéressés par les contributions susceptibles d’aborder les points suivants : **1. Les interfaces numériques et la patrimonialisation des Lumières** Les pratiques de conservation, de recherche, de diffusion et de médiation issues de la transition numérique interrogent le statut des Lumières en tant qu’objet patrimonial. On étudiera plus particulièrement : - les rapports entre le mythe des Lumières et les choix qui guident la construction de collections numériques et de projets numériques portant sur les Lumières : influences réciproques ou logiques différenciées ? la transition numérique transforme-t-elle notre conception de ce qui, dans le corpus des Lumières, est « digne » d’être conservé et transmis ? - les projets numériques comme outils de remise en question du mythe des Lumières/comme lieux de redéfinition des Lumières (études de cas du type avant/après bienvenues) - les cas d’élargissement du périmètre des Lumières permis par l’action patrimoniale des bibliothèques (les cas de numérisation de fonds méconnus parce que locaux, régionaux, fragiles ou lointains nous intéressent particulièrement) - les cas d’élargissement du périmètre des Lumières permis par des corpus édités pour la première fois en ligne (qu’ils aient été réédités en format papier par la suite ou non) - les enjeux de signalement des collections numériques : quels mots-clés pour les textes des Lumières ? à quels sujets les textes des Lumières sont-ils associés par le biais de l’indexation ? **2. Les interfaces numériques comme nouvelles expériences de lecture des Lumières** En s’emparant des possibilités d’éditorialisation, de navigation et d’interrogation des corpus permises par le numérique, les bibliothèques, les programmes de recherche et les sociétés savantes inaugurent de nouvelles pratiques de lecture des textes des Lumières et donc de nouveaux parcours d’interprétation. On étudiera notamment : - les écritures numériques savantes portant sur les Lumières (billets Wikipédia, billets de blogs de recherche ou de bibliothèques) - les types de lecture permis par la médiation des corpus et les approches de l’héritage des Lumières qu’ils favorisent : lectures actualisantes (ancrage des documents dans l’univers du lecteur), lectures thématiques (sélections de documents, points d’entrée par sujets), etc. - la diversité de parcours possibles dans les corpus (experts ou non experts) selon les interfaces et leurs fonctionnalités - l’interface comme hybridation de différents formats (base documentaire, anthologie, manuel scolaire, format presse ou magazine) faisant appel à différentes mises en scène des Lumières et à différentes pratiques de lecture - les contraintes exercées par les normes de description et de distribution archivistique et documentaire (classification, indexation, tris prédéfinis, notices standardisées, paratextes, organisation hiérarchisée des fonds) sur les récits possibles des Lumières - les liens entre les documents et les parcours de lecture qu’ils suggèrent : se rapprochent-ils ou s’écartent-ils des liens que l’histoire des idées, de la littérature et de la philosophie ont jusqu’à présent définis entre les textes (sens d’une collection VS sens historiographique plus global) ? - la façon dont l’agencement de documents sur une page peut contredire la hiérarchie entre les œuvres que l’on tenait pour établie **3. Les interfaces numériques comme outils d’implication des publics non experts dans la (dé)construction de l’héritage des Lumières** En élargissant les possibilités d’accès au corpus des Lumières, la transition numérique a renouvelé l’implication des différents publics dans la réception des œuvres. On étudiera notamment : - les plateformes Web et les applications comme outils pour rendre le lecteur constructeur de l’héritage des Lumières plutôt que récepteur d’un héritage préfabriqué - le livre enrichi comme moyen d’impliquer davantage le lecteur dans la découverte des « classiques » des Lumières - les formes existantes et les projets d’interaction entre les institutions culturelles et scientifiques et leurs publics via des outils numériques : crowdsourcing, approche itérative faisant évoluer le site en fonction des usages avérés, possibilités pour les lecteurs de débattre en ligne (ouverture des sites et des blogs aux commentaires, « guerres d’édition » dans l’espace de discussion de Wikipédia) - la construction collective et work in progress de l’héritage des Lumières sur Wikipédia : accès libre et gratuit à la rédaction et à l’édition des pages, principe de transparence et d’anonymat, brouillage des frontières entre auteurs et lecteurs des articles, possibilités de modifier les articles et d’y répercuter les polémiques sur les Lumières en temps réel - les applications permettant une ludification des contenus et (donc) une appropriation et une désacralisation des œuvres et des auteurs des Lumières **Liste non limitative d’objets à étudier :** - Les « Essentiels » de la BnF sur les Lumières (sélection et éditorialisation des contenus, articulation entre le patrimonial, le pédagogique, la critique et l’histoire de la littérature) - Le corpus des Lumières dans la « galaxie Gallica » : collections numérisées et textes du blog Gallica portant sur les Lumières (choix de numérisations et de mise en réseaux des documents, possibilités de navigation offertes, approche critique des métadonnées et du signalement des documents) - Les articles de Wikipédia portant sur les Lumières (et leur regroupement (ou non) en portail « du XVIIIe siècle », « des Lumières » - Les bases de données (https://sfeds.fr/bases-de-donnees) et les éditions numériques de correspondances - Les éditions électroniques des textes des Lumières (notamment de l’Encyclopédie) - Les collaborations de la BnF avec des publications non spécialisées, par exemple avec le quotidien Libérationpour une série de textes sur les femmes de lettres - Les Lumières sur Rétronews - L’application Candide de la BnF ---- ## Activités envisagées dans le cadre du colloque : Ce colloque vise (aussi) à élaborer des actions concrètes pour l’amélioration du rôle des institutions scientifiques et culturelles dans la construction du rapport entre les Lumières et le public via le numérique. Il comportera donc un volet pratique : - table(s) ronde(s) avec des chercheurs et des enseignants ayant collaboré avec des bibliothèques sur des corpus numérisés sur les Lumières (échanges de pratiques, retours d’expérience) - atelier « Les Lumières sur Wikipédia » : édition ou rédaction d’articles sur les Lumières - le design comme laboratoire de réflexion sur la refonte de l’héritage des Lumières : présentations de nouveaux projets d’humanités numériques dédiés à prendre en charge cette question de l’évolution du lectorat et des pratiques de lecture - tables(s) ronde(s) chercheurs/métiers des bibliothèques sur le signalement des collections et sur les enjeux de numérisation des corpus dont le contenu pose problème sur le plan idéologique ---- Les propositions d’articles (un titre provisoire et un résumé de 300-500 mots) sont à envoyer à l'adresse interfaces2025@gmail.com d'ici le 1er juillet 2024. Le colloque aura lieu en juin 2025 à Paris. Le jour et le lieu du colloque seront précisés ici d'ici la date limite de réception des propositions.